Série : Comprendre le comportement canin
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Article 2: Quelle approche choisir
Tu n’as pas lu le premier article? Comprendre le comportement canin.
Sandra-Marie Hrycko, BSc, CSAT, FDM, CPDT, RQIEC
Solutions Canines SM

Mise en scène
Tu décides de consulter cinq éducateurs canins pour le même problème:
Le premier te conseille de récompenser ou d'ignorer ton chien.
Le deuxième te dit d'être plus ferme.
Le troisième te parle de leadership et de dominance.
Le quatrième te propose un collier électronique.
Le cinquième t'explique qu'il faut d'abord travailler les émotions.
🧐 Ils regardent tous le même chien. Alors pourquoi donnent-ils cinq réponses complètement différentes ? |
Ce n'est pas parce que les éducateurs regardent
le même problème qu'ils voient tous la même chose.
Avant de décider quelle approche utiliser, il faut d’abord comprendre sur quoi elle agit.
Chaque approche s’intéresse à une dimension particulière du comportement. Certaines cherchent à modifier les conséquences du comportement, d’autres le contexte dans lequel il apparaît, les émotions qui sont derrière chaque comportement ou encore la qualité de la relation entre le chien et son humain.
Alors au lieu de chercher à identifier la meilleure méthode, je te propose de regarder plutôt sur quoi ou comment chaque approche agit.
Si l'approche agit principalement sur..... | ...on parlera surtout de: |
Les conséquences | Renforcement, punition, etc. |
L'environnement | Gestion, prévention |
Les émotions | Contre-conditionnement, désensibilisation |
La relation | Jeux, coopération |
1) L’approche centrée sur les conséquences
Cette approche, à laquelle on accole souvent le terme renforcement ‘positif’ ou ‘négatif’ ou ‘balancé’, cherche principalement à modifier ce qui arrive après le comportement. Elle repose sur le principe que les comportements sont influencés par ce qui se produit immédiatement après leur exécution.
Si la conséquence est agréable, le comportement risque de se répéter ; à contrario, si la conséquence est désagréable, il y a moins de chance de se reproduire. (voir Article 1)
En science du comportement, nous appelons cette approche le conditionnement opérant.
Avantages :
· Fondée sur des principes scientifiques largement étudiés
· Permet d’enseigner des comportements précis et mesurables
· Favorise la motivation, la coopération et une relation saine entre le chien et son éducateur tout en réduisant le stress lié aux erreurs
· Méthode rapide si les conséquences sont cohérentes, immédiates et adaptées au chien
· Elle est applicable autant pour l’apprentissages de nouveaux comportements qu’à la modification de comportements existants.
Limites :
· Le bon timing et la cohérence de l’application sont fondamentaux
· Une mauvaise utilisation des conséquences peut créer de la confusion et ralentir le processus d’apprentissage
· Agit surtout sur les comportements observables, ce que FAIT le chien sans chercher POURQUOI il le fait.
· Si la conséquence est punitive, il y a risque de rupture de la confiance et d’effets secondaires importants comme l’augmentation du stress, de la peur, de l’évitement (y compris évitement de l’humain), et de l’inhibition.
L’approche basée sur les conséquences est un excellent outil pour enseigner un nouveau comportement ou pour modifier un comportement existant mais elle est incomplète si on ne tient pas compte aussi de l’environnement, des émotions et de la relation entre l’apprenant et l’enseignant.
Si les conséquences nous disent comment un comportement se maintient ou s'éteint après son exécution, elles ne nous disent pas nécessairement pourquoi il apparaît. Pour répondre à cette question, on peut regarder l’environnement dans lequel le comportement se produit.
2) L’approche centrée sur l'environnement
Tout comportement est fortement influencé par le contexte dans lequel le chien évolue. Du coup, l’environnement dans lequel un comportement se produit peut-être un levier puissant pour modifier un comportement.
Avec cette approche, on vise à changer certains éléments dans l’environnement, plutôt que de chercher à modifier directement le comportement.
Exemple : Ton chien aboie sans arrêt à la fenêtre. Perché sur le canapé, il fait le guet, ses pupilles sont dilatées, peut-être halète-il, et dès que quelqu’un ou quelque chose dans la rue apparaît dans son champ de vision, il aboie comme un débile. Si la ‘chose’ bouge, c’est pire !
Il y a donc un lien possible entre ce qui se passe de l’autre côté de la fenêtre et l’état d’alerte de ton chien.
Dans l’approche environnementale, on va donc modifier l’environnement pour éviter que le chien ait accès à la fenêtre ou ait une vue sur la rue. Diverses solutions pourraient être proposées, comme bloquer l’accès complète à la pièce à l’aide de barrières par exemple ou installer une pellicule givrée autocollante qui limite la vue sur l’extérieure tout en laissant passer la lumière.
Il s’agit donc de faire un compromis pour aider le chien à être moins vigilant.
Évidemment, cette solution ne sera pas suffisante pour changer le comportement, mais en réduisant la fréquence et/ou l’intensité (ce qui réduira le stress du chien), il sera possible d’enseigner un comportement alternatif qui sera plus agréable et moins exigeant pour le chien (approche basée sur les conséquences). |
Avantages :
· Agit directement sur la source du problème plutôt que sur le comportement.
· Réduit le stress et les situations qui pourraient mettre le chien en échec.
· Est LA PREMIÈRE ligne d’attaque pour modifier un comportement
Limites :
· N’enseigne pas nécessairement de nouveaux comportements.
· Les améliorations peuvent disparaître si l’environnement change.
· Il n’est pas toujours possible de modifier l’environnement.
En résumé, l'objectif de cette approche est de créer un environnement qui favorise les comportements souhaités et réduit les occasions d'apparition des comportements problématiques. Cependant, elle n’est pas complète puisque les conséquences, les émotions et la relation entre l’apprenant et l’enseignant font aussi partie de l’équation.
L’environnement n’est pas LA solution, mais il crée les conditions nécessaires pour que les autres interventions puissent réellement fonctionner.
🧐 Mais deux chiens placés dans le même environnement ne réagiront pas forcément de la même manière. Pourquoi ? Parce que leur vécu émotionnel n’est pas le même. |
3) L’approche centrée sur les émotions

Cet axe d’intervention est centré sur l’idée que les comportements sont avant tout l’expression d’un état émotionnel. Ici, on vise à comprendre ce que le chien ressent, plutôt que de chercher à modifier directement ce qu’il fait.
Comme la plupart des comportements sont souvent une réponse à un sentiment de peur, de colère, de joie, d’excitation ou de frustration, en agissant sur les émotions, on augmente les possibilités de changer le comportement visé. En changeant l'émotion, on change la perception de la situation, aidant ainsi le chien à mieux gérer.
Anecdote : Chaque soir en se couchant, les humains de Lili approchaient du lit où elle dormait, pour la caresser sur la tête et lui faire des gros câlins pré-dodo, Chaque fois, Lili reculait, détournait la tête, se léchait les babines et grognait.
Un soir c’est la fille du couple, âgée de 7 ans, qui est monté sur le lit de ses parents pour caresser Lili. Malgré les signaux de Lili, la petite a continué ses calins pendant que ses parents grondaient Lili qui elle grognait de plus en plus et montrait les dents, coincée entre deux oreillers.
Tu devines bien sur la suite ; Lili a mordu la petite sur la main et ses parents, catastrophés, m’ont consulté pour essayer de comprendre pourquoi leur petite Lili adorée avait mordu leur fille.
Il était clair pour moi que Lili n’aimait pas se faire réveiller et encore moins de se faire caresser sur la tête. Ses émotions n'avaient pas été entendues, malgré les signaux claires qu'elle donnait. Peut-être avait elle peur, peut-être avait elle mal, peut-être était-elle en douleur? Peu importe, elle n'était pas écouté. En changeant leur routine pré-dodo, en annonçant leur arrivée et en laissant Lili venir vers eux plutôt que de la forcer, les choses se sont replacées rapidement.
Les humains de Lili ont écouté leur chienne, ils ont cessé de lui caresser la tête et le cou (ce qu’elle n’aimait pas particulièrement) en privilégiant les épaules et les cuisses. Ils ont aussi pris le temps d’expliquer à leur fille les nouvelles consignes.
Lili n’a plus jamais grogné à l’heure du dodo. |
Avantages :
· S’intéresse aux causes des comportements.
· Extrêmement pertinente pour les problèmes liés à la peur, l’anxiété, les phobies ou la frustration.
· Permet souvent d’obtenir des changements plus durables si l’émotion est réellement modifiée.
· Favorise une vision globale du comportement et une meilleure compréhension du chien
Limites :
· Il peut parfois être difficile d’identifier l’émotion en cause.
· Certains comportements peuvent aussi relever des apprentissages, de la génétique, de l’âge ou du milieu de vie, pas tous les comportements sont motivés que par une émotion.
· La progression peut-être plus lente.
· Demande une bonne expertise.
Bref, comme elle se penche sur ce que le chien ressent, cette approche est particulièrement efficace lorsque le comportement est lié à certains états émotionnels. Tu t'en doutes bien, encore une fois, les émotions ne sont qu’une partie de l’équation.
L’état émotionnel du chien est une composante importante mais n’offre pas non plus une image complète des comportements adoptés.
Alors même si deux chiens ressentent une émotion semblable, la qualité de leur relation avec leur humain aura un impact sur leur résilience et leur capacité à gérer cette émotion.
Il manque une pièce au puzzle…..toi !
4) L’approche centrée sur la relation
La qualité de la relation entre le chien est son humain influence profondément les comportements. C’est la base de l’approche centrée sur les relations. La confiance, le sentiment de sécurité, la communication (bidirectionnelle, on doit apprendre à parler ‘chien’) et la coopération sont les fondements sur lesquels une relation harmonieuse et un apprentissage efficace, peuvent s’assoir.

Les interventions dans cette approche peuvent donc inclure le jeu, les activités partagées, l’observation, une communication claire, le respect des besoins du chien et le développement d’une relation basée sur la confiance.
Avantages :
· Met l’accent sur la qualité de la relation humain-chien
· Favorise la coopération plutôt que la contrainte
· Peut augmenter la confiance et le sentiment de sécurité du chien
· Peut aider à diminuer le stress en offrant plus de choix au chien
Limites :
· Une excellente relation n’est pas toujours suffisante pour résoudre un problème comportemental complexe.
· La notion de « bonne relation » est difficile à définir
· Demande une bonne expertise
En bref, l’approche basée sur les relations repose sur le concept que le comportement se construit aussi dans la qualité des interactions quotidiennes. Une relation de confiance facilité les apprentissages et peut contribuer au bien-être du chien.
ATTENTION, si une bonne relation peut favoriser les apprentissages et la modification comportementale, elle n'est pas nécessairement l’unique solution.
Alors, quelle est la meilleure approche ?
Pendant des années, on m’a demandé quelle était la meilleure méthode. Avec le temps, je réalise que cette question n’est pas celle qu’on doit se poser.
Aujourd’hui, je préfère me questionner sur les causes derrière les comportements observables pour comprendre ce que vit le chien, de son point de vue. Dans cette démarche, j’essaie aussi de comprendre ta réalité, tes contraintes, tes limitations, tes rêves.
Lors d’une consultation, je tente de développer une approche thérapeutique adaptée qui permettra de répondre aux besoins de ton chien tout en respectant tes objectifs. Je vais aussi m’efforcer de concilier ces deux réalités, qui ne sont pas toujours alignées, pour t’aider à mieux comprendre et guider ton chien.
Reconnaître l’existence de ces différentes approches me permet de comprendre comment influencer le comportement du chien, elles apportent un éclairage particulier et, je crois, elles mettent en lumière combien le comportement peut-être un sujet complexe.
Aucune de ces approches n'est parfaite. Aucune n'est entièrement suffisante. Un bon plan de modification comportementale commencera donc par un analyse complète, où l'intervenant joue un peu au détective: qui, quoi, depuis quand, pendant combien de temps, comment, etc.. Ensuite seulement il sera possible de bâtir un programme qui viendra puiser dans les différentes approches pour maximiser les chances de succès.
La science nous aide à mieux comprendre le comportement. L'éthique nous aide à choisir comment intervenir.
Les connaissances scientifiques actuelles nous permettent d’obtenir d’excellents résultats en privilégiant des interventions qui respectent le bien-être du chien.
Le véritable défi n'est donc pas de choisir LA MEILLEURE approche, mais de bien les comprendre pour bâtir des plans d’interventions qui permettent d’agir sur plusieurs facettes dans le respect du chien et de ce qu’il est en tant qu’être vivant.
Il est possible d’atteindre un objectif comportemental sans avoir recours à la douleur, à la peur, à l’intimidation ou à un inconfort évitable. |
C’est cette voie que je choisis. C’est cette conviction qui guide chacune de mes interventions.
Je privilégie des interventions qui respectent l'intégrité physique et émotionnelle du chien.
Tu as sans doute remarqué que je ne me suis pas beaucoup attardé sur la question du jeu comme approche de modification comportementale. À mes yeux, le jeu est bien davantage d’une approche. Le jeu est un langage. Il peut modifier les conséquences, transformer les émotions, enrichir l’environnement et renforcer la relation.
Autrement dit, le jeu ne choisit pas entre les approches, il les relie !
C’est ce que je te proposerai dans le prochain article.
Prochaine article à paraître :
Pourquoi le jeu est l’un des outils les plus puissants de modification comportementale.
Cet article s’appuie sur les connaissances actuelles en éthologie, en apprentissage, en neurosciences et en médecine comportementale vétérinaire.
Références :
Abrantes, R. – Evolution of Canine Social Behavior
Brophey, K. – Meet Your Dog.
Fernandez, E. – The least inhibitive, functionally effective (LIFE) model : A new framework for ethical animal training practices
McConnell, P. – The Other End of the Leash
Overall, K. – Manual of Clinical Behavioral Medicine for Dogs and Cats
Westlund, K. – From Coercive to R+ (blog)
Westlund, K – Dog training is like brain surgery (blog)



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